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"A fleur de peau"

Emmanuel Thomas

 

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"A quoi bon ?"

 

Un dimanche de mai orné d'un soleil printanier. Une douce et agréable chaleur qui a supplanté la fraîcheur matinale. Je me sens très paresseux. Les bruits de la rue me parviennent assourdis par la fenêtre close du bureau. Côté cour, des cris d'enfants traversent l'air et déchirent en sons suraigus le voile tendus des pensées grises qui ne me quittent guère. Des odeurs de cuisine remontent le long de la colonne d'immeuble en bouffées puissantes, se mêlent, et s'envolent dans un ciel d'insouciance.

Plus je vieillis, plus ma misanthropie s'accentue. J'ai toujours été un solitaire. Cette solitude latente devient de plus en plus la compagne qui me suit, pas à pas, dans tous les gestes du quotidien. J'ai toujours, depuis ma plus tendre enfance, tenté de forcer le destin pour nouer des liens ou des amitiés. Jamais ce ne fut un geste naturel. Depuis plusieurs mois, la difficulté d'aller vers les autres devient une épreuve.

Les autres... Tous ces êtres qui ont jalonné mon existence. J'en ai aimé certain avec passion et générosité, pour qui j'aurais tout donné. J'ai beaucoup rêvé ! Mais les rêves ne sont que des brumes qui vous enveloppent un instant, plus ou moins long, puis qui s'incrustent dans le grenier des souvenirs, et s'empoussièrent. Les rêves se craquellent puis se brisent. Les fragments, comme des morceaux d'amphores antiques, retrouvés dans des fouilles archéologiques, constituent des bribes éparses d'un passé qui se meurt, dont quelques éclats subsistent. Parfois, d'un être cher, je tente de reconstituer une image plausible, je me risque même à des recherches que les moyens d'aujourd'hui permettent aisément. La déception est presque toujours au rendez-vous.

Les souvenirs sont des flashes qu'une actualité, parfois insignifiante, fait revivre. Me reviennent alors en mémoire des yeux rieurs, le son d'une voix avec une précision étonnante, mais aussi le noir des nuages qui s'amoncellent, les drames d'enfants, incompris des adultes, la sombre jalousie et la confiance bafouée. Le soleil de mon enfance méridionale, chargé d'espoir et de vie, n'a plus la même vigueur dans le défilement sans fin des jours de détresse rentrée.

L'humain a soif de reconnaissance. Je n'échappe pas à cette règle. Mon esprit s'envole dans des circonvolutions créatives pour tous mes actes. Les personnes qui me côtoient affirment ma personnalité d'artiste. En regardant par dessus mon épaule, artiste, peut-être, mais pour qui et pour quoi ? Tout ce que j'amasse de créations personnelles et conserve précieusement, ne représente rien sans reconnaissances extérieures. La création s'essouffle avec ce murmure qui persiste comme un bourdonnement d'oreille : "A quoi bon ?..."

 

Eaubonne, le 24 mai 2009

 

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Étranger

 

La foule se presse en manteaux gris

Gris comme le ciel qui n’en finit plus

Gris qui est parfois couleur de vie.

 

Cœur de froid dans la solitude

Errance dans la foule en manteaux gris

Dans l’infini d’une autre latitude.

 

Le geste d’une main tendue

Un regard, un murmure ou un cri

Désuet, machinal, plein d’espoir contenu.

 

Etranger dans sa propre vie

Son ombre disparaît dans le gris du temps

Se dissous, s’envole au gré des vents.

 

   

 

 

« Solitudes »

24 janvier 2009

 

 

 

 

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Le voyage d’hiver

(Texte composé à partir des vingt quatre titres du recueil du poète Wilhem Müller, mis en musique par Franz Schubert en 1827)


Bonne nuit, bonne nuit
Puisque je suis étranger à ce qui m’entoure…
Grince la girouette
Sous les bourrasque du vent du nord
Des larmes gelées sillonnent mes joues
L’engourdissement m’étreint silencieux.

Sous le tilleul à l’ombrage profond
J’ai rêvé bonheur et passions.
Le fleuve puissant de la destinée
A détruit le fil violent de mes amours
Noyant dans ses inondations
Mes larmes d’eau et de sels amers.

Point de regard en arrière.
Les feux follets de ma mémoire
Dansent sans trêve dans mon rêve de printemps.
Je meuble ma solitude
Dans l’attente d’une missive
Que la poste oublie chaque jour de m’apporter.

Ma jeunesse s’enfuit
Le miroir reflète la tête de vieillard
Qui se sculpte au gré du temps.
Le dernier espoir s’échappe à tir d’ailes,
Je reste seul au village
Avec pour seule compagne
La corneille grinçante au vol silencieux
Qui s’apprête à m’arracher mon âme.

Le poteau indicateur des illusions
Secoué dans la matinée de tempête
Me conduit à l’auberge des Dieux.
Courage ! Les soleils fantômes
Qui hantent ma conscience
Vibrent et tournent à l ‘infini.
Le joueur de vielle
Joue la mélodie grinçante de ses doigts gourds
Dans l’ombre naissante,
Qui se gonfle et m’envahit.
 
 
Les feux de ta jeunesse
04 janvier 2009
   

 

 

 

 

 

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