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"A quoi bon ?"


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Un dimanche de mai orné d'un
soleil printanier. Une douce et agréable chaleur qui a supplanté la
fraîcheur matinale. Je me sens très paresseux. Les bruits de la rue me
parviennent assourdis par la fenêtre close du bureau. Côté cour, des cris
d'enfants traversent l'air et déchirent en sons suraigus le voile tendus
des pensées grises qui ne me quittent guère. Des odeurs de cuisine
remontent le long de la colonne d'immeuble en bouffées puissantes, se
mêlent, et s'envolent dans un ciel d'insouciance.
Plus je vieillis, plus ma
misanthropie s'accentue. J'ai toujours été un solitaire. Cette solitude
latente devient de plus en plus la compagne qui me suit, pas à pas, dans
tous les gestes du quotidien. J'ai toujours, depuis ma plus tendre
enfance, tenté de forcer le destin pour nouer des liens ou des amitiés.
Jamais ce ne fut un geste naturel. Depuis plusieurs mois, la difficulté
d'aller vers les autres devient une épreuve.
Les autres... Tous ces êtres
qui ont jalonné mon existence. J'en ai aimé certain avec passion et
générosité, pour qui j'aurais tout donné. J'ai beaucoup rêvé ! Mais les
rêves ne sont que des brumes qui vous enveloppent un instant, plus ou
moins long, puis qui s'incrustent dans le grenier des souvenirs, et
s'empoussièrent. Les rêves se craquellent puis se brisent. Les fragments,
comme des morceaux d'amphores antiques, retrouvés dans des fouilles
archéologiques, constituent des bribes éparses d'un passé qui se meurt,
dont quelques éclats subsistent. Parfois, d'un être cher, je tente de
reconstituer une image plausible, je me risque même à des recherches que
les moyens d'aujourd'hui permettent aisément. La déception est presque
toujours au rendez-vous.
Les souvenirs sont des flashes
qu'une actualité, parfois insignifiante, fait revivre. Me reviennent alors
en mémoire des yeux rieurs, le son d'une voix avec une précision
étonnante, mais aussi le noir des nuages qui s'amoncellent, les drames
d'enfants, incompris des adultes, la sombre jalousie et la confiance
bafouée. Le soleil de mon enfance méridionale, chargé d'espoir et de vie,
n'a plus la même vigueur dans le défilement sans fin des jours de détresse
rentrée.
L'humain a soif de
reconnaissance. Je n'échappe pas à cette règle. Mon esprit s'envole dans
des circonvolutions créatives pour tous mes actes. Les personnes qui me
côtoient affirment ma personnalité d'artiste. En regardant par dessus mon
épaule, artiste, peut-être, mais pour qui et pour quoi ? Tout ce que
j'amasse de créations personnelles et conserve précieusement, ne
représente rien sans reconnaissances extérieures. La création s'essouffle
avec ce murmure qui persiste comme un bourdonnement d'oreille : "A quoi
bon ?..."
Eaubonne, le 24 mai 2009
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Étranger
La foule se presse en
manteaux gris
Gris comme le ciel qui
n’en finit plus
Gris qui est parfois
couleur de vie.
Cœur de froid dans la
solitude
Errance dans la foule
en manteaux gris
Dans l’infini d’une
autre latitude.
Le geste d’une main
tendue
Un regard, un murmure
ou un cri
Désuet, machinal, plein
d’espoir contenu.
Etranger dans sa propre
vie
Son ombre disparaît
dans le gris du temps
Se dissous, s’envole
au gré des vents.
« Solitudes »
24 janvier 2009
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Le voyage d’hiver
(Texte composé à partir des vingt quatre titres du recueil du poète
Wilhem Müller, mis en musique par Franz Schubert en 1827)
Bonne nuit, bonne nuit
Puisque je suis étranger à ce qui m’entoure…
Grince la girouette
Sous les bourrasque du vent du nord
Des larmes gelées
sillonnent mes joues
L’engourdissement m’étreint
silencieux.
Sous le tilleul à l’ombrage
profond
J’ai rêvé bonheur et passions.
Le fleuve puissant de la
destinée
A détruit le fil violent de mes amours
Noyant dans ses inondations
Mes larmes d’eau et de sels amers.
Point de regard en arrière.
Les feux follets de ma
mémoire
Dansent sans trêve dans mon
rêve de printemps.
Je meuble ma solitude
Dans l’attente d’une missive
Que la poste oublie chaque
jour de m’apporter.
Ma jeunesse s’enfuit
Le miroir reflète la tête de vieillard
Qui se sculpte au gré du temps.
Le dernier espoir s’échappe
à tir d’ailes,
Je reste seul au village
Avec pour seule compagne
La corneille grinçante au
vol silencieux
Qui s’apprête à m’arracher mon âme.
Le poteau indicateur des
illusions
Secoué dans la matinée de
tempête
Me conduit à l’auberge des
Dieux.
Courage !
Les soleils fantômes
Qui hantent ma conscience
Vibrent et tournent à l ‘infini.
Le joueur de vielle
Joue la mélodie grinçante de ses doigts gourds
Dans l’ombre naissante,
Qui se gonfle et m’envahit.
Les feux de ta jeunesse
04 janvier 2009
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